Antez, un magicien !

Cent regards plus les nôtres
Fascinés les uns les autres
Envoûtés par le son suspendu
Lentement minutieusement issu

De l’action d’instruments conçus
Pour dialoguer avec la peau tendue
Antez le magicien inventant son manège
Tourne inlassable créateur de sortilèges

Sous ses doigts mesurés un monde
Fabuleux s’élève au fil de la ronde
Aigus et lancinants sourds et éclatants
Les sons se dispersent aux quatre vents

D’un tube s’échappe un plain chant
Une cymbale entre en mouvement
Saccadé haché surgit un long vibrato
Soutenu s’achevant en un dernier sanglot

Des entrailles de la terre jaillit le magma
Etincelles fusant en harmonieux brouhaha
Des Temps Modernes machines haletantes
Sourdent des stridences de vapeur sifflante

Pont jeté patiemment entre les âges
S’assemble sous les doigts du sage
Cette structure idéalement composée
Cristal vibratoire aux facettes empesées

Les notes éclaboussent et glissent
Rebondissant aux murailles lisses
De l’improbable palais médiéval
Selon un rituel religieusement idéal

Marc Ely, Les Cent Regards, mars 2015



Une cérémonie énigmatique, qui invoque les esprits d’on ne sait quel monde parallèle. Un sorcier du son qui entame une étrange danse, une transe, en circonvolution autour d’une grosse caisse horizontale, centre d’un univers qui entre progressivement en vibration. D’abord fragile, à fleur de peau, avant d’enfler, gronder, de se propager au sol, aux murs, à toute la ville peut-être…

Festival Bruisme 06/2016



.../ j’assistais le 16 mars à une performance extraordinaire. Un duo composé d’Heddy Boubaker, bassiste électrique avec myriade d’effets et Antez, percussionniste hors normes. Ce concert fut riche en création sonore mais également fabuleux sur le plan visuel, car si Heddy Boubaker lui reste assis devant ses racks de pédales d’effet, le percussionniste lui a aménagé un espace singulier : il a palacé un immense tom basse posé au sol à l’horizontale, une allée a été créée en cercle autour du tom basse. A l’extérieur de cette allée des objets métalliques divers ont été disposés ainsi que sur des étagères en hauteur. Après avoir traité la peau avec un sèche-cheveux, "le concert a commencé" annonce Heddy Boubaker. Antez va entamer une déambulation circulaire autour du tom basse, s’emparant, jouant, reposant, remplaçant les objets les uns par les autres sans que jamais il n’arrête sa marche ! hallucinant ! Les objets ici ont pour fonction d’être frottés sur la peau du tom basse, jamais percutés, jamais frappés. De ces sons produits par les vibrations sur la peau apparaissent, se devinent ou explicitement on entend des voix humaines, notamment des chants biphoniques, des bruits de moteurs, des chants d’oiseaux, je suis très impressionné ! C’est fou et beau à la fois, Antez, une immense découverte pour moi, un musicien à rajouter aux noms de Le Quan Ninh, Mathieu Pontevia, Edward Perraud.

Claude Pla Improjazz 02/07/201



Solo avons nous dit? C’est sans compter que toi, toi ou toi, auditeur à l’oreille attentive tu seras également sans le savoir partie prenante de la construction sonore se déroulant devant toi. Les continuums d’Antez ne sont pas que performances ou concerts expé acoustiques. Antez sculpte, Antez imprègne et s’imprègne des lieux qu’il investit, Antez crée une architecture sonore continue dont les fondations sont ses gestes… le sol, un tambour… les poutres, des cymbales… les murs, des objets et instruments divers… et enfin mais non des moindres… les tuiles, toute embûche sur le chemin de propagation de l’onde sonore générée. ..une performance / rituel sonore où l’espace, l’environnement et le son font corps et vibrent à la fréquence unique de la performance.

Asille 404 03/2016



D'Eduardo Zubicoa à Ricardo Antez, le week-end culturel à Bayonne ouvrait un spectre abyssal. J'en sors à peine, et pas totalement indemne. Ces deux hommes, s'ils se rencontraient, auraient-ils des choses à se dire ? rien n'est mois sûr... Et pourtant, ils sont tous deux artistes. De vrais artistes: investis, passionnés .../ /... 24 heures plus tard, Eduardo et l'ambiance feutrée de son formidable récital étaient rangés sur l'étagère des grands moments de tradition pour être bousculés par un rendez-vous de l'association Bastringue, sous les voûtes d'Or Kon Pon à la Porte d'Espagne. Adieu smokings et rouge cramoisi de la belle robe de Marta, la somptueuse mezzo de vingt ans. 17 h 30, l'underground bayonnais s'active. Comme dit Iban Régnier, cheville ouvrière de Bastringue, le rendez-vous est réservé au "public aventureux". Pas de grandes affiches ou d'entrée payante: on sait par le bouche à oreille et on paye ce qu'on peut en glissant dans ne petite boîte de cuir une participation à la mesure de ses possibilités financières. Après les lustres de la Traviata, la lumière s'éteint dans cette cave mythique. On est descendu à la cave, comme d'autres à la mine... Seule la lumière sépia d'un petit projecteur placé sous le ventre d'une grosse caisse, transperce les peaux du gros tambour. Tout autour du seul instrument identifiable dans l'univers de la musique codifiée, des cônes métalliques, des griffes de métal, des ressorts de suspensension, des cercles de fer ressemblant à de grands emporte-pièces qu'un cuisinier rabelaisien aurait mis à disposition. Dédé Lascoumes, le maître des lieux, laisse faire en toute confiance mais sent la situation lui échapper un peu. Le silence se fait. S'approche Ricardo, musicien industriel, inventeur et propagateur obsessionnel de bruits domptés. L'homme a la maigreur des marathoniens, il est pénétré de son art. Voilà qu'il entame une ronde autour du gros tambour, d'un pas plus ou moins accéléré, mais continu, et qui se terminera une demi-heure après. Physique performance dont on comprend qu'il l'aborde en marcel malgré la fraîcheur ambiante. Ricardo, dans un crescendo très maîtrisé de sons lancinants, progressifs, et sans cesse enrichi d'un nouveau chapeau de métal dont il sculptera le moindre débibel dans des gestes d'échalas athlétique, raclera, griffera, caressera, couvrira la peau du tambour. Le métal de tous les accessoires posés, frottés, lancés sur la grosse-caisse fait un travail inattendu de malaxage des sons. Dans cette pénombre d'Or Kon Pon, tous assis autour de ce sorcier, fondeur de gémissements fusionnels, tout juste éclairés par le petit phare du dessous, nous sommes aux portes de la musique expérimentale et de la secte des pionniers de l'art "à fleur de peau". Conservateurs s'abstenir...

D'Eduardo à Ricardo, Bayonne m'aura soumis ce week-end à un grand écart dont je ne me croyais pas capable. Je refais tout juste surface. Et si c'était ça, la vraie mission de la culture..."

Yves Ugalde, adjoint à la culture de la mairie de Bayonne Le 14/03/201



Ces deux artistes étaient fait pour se rencontrer. Autant sur disque que le temps d'une tournée commune comme celle de début 2013, et ce disque donc, deux live enregistrés en 2012 à Zurich et Grenoble. Deux artistes au caractère musical intransigeant, radical, au cœur du sonore exigent, à l'exploration de volutes droniques, du sonore sur le fil. ANTEZ aux percussions, Joris RÜHL à la clarinette. Deux adeptes de la virevolte sonique, défiant les fréquences naturelles, faisant tourner ou tournant dans et autour de leur instrument. Les deux ne font qu'un. Dans une alchimie au plus près de la matière. Une matière sèche, un désert de particules au vent. Au vent du souffle, celui du cuivre sur la peau, celui véloce de la clarinette, parfois aussi fin que massif. Après le désert, les paysage sou-marins pour le live de Grenoble. Les sons grincent de loin. S'électrisent. Se répètent. Antez faisant sonner ses cymbales comme des gongs. Et l'on se méprend même à sembler entendre des sonorités électroniques dans les résonances. Rappelant parfois la clarinette de Xavier Charles, le tenor de Michel Doneda. Si ces deux-là ont bien fait de se rencontrer, le label russe Obs, a bien fait de les éditer. Dans un catalogue de qualité et sous les noms successifs d'Observatory records et Observatory.

cyrille lanoë pour Revue & Corrigee 2013


Fascinant travail de deux sculpteurs sonores hexagonaux aguerris, adepte du continuum, travaillant sur la vibration de l’air en utilisant les processus physiques de l’acoustique d’une percussion "tournée autour" et d’une vielle à roue (celle fabuleuse du groupe FRANCE) bourdonnante et continue à souhait. Une circularité commune, se rejoignant dans le sonore tendu à l’extrême créant une spirale d’énergie non-échappatoire, un denses et totalement prenant vacuum aspirant. Une expérience sonore captivante en perspective.

La Cave 12 2015



Antez est percussionniste et Antez tourne, tourne, tourne. Autour de son tambour, comme un derviche tourneur, comme une toupie magique, comme un microsillon sur sa platine, comme n’importe quel astre de l’univers. Antez tourne autour de son tambour, peau vers le ciel et tout ce qui y frotte produit un son incroyable, une poésie sidérante, une musique inouïe. C’est à n’en pas douter de la percussion mais où la caresse prend le dessus sur les coups et la tranquillité de l’écoulement sur la violence de la frappe… En résumé Antez, avec son allure dégingandée, nous emmène en voyage et l’entendre et le voir est une expérience passionnante et envoûtante ! Un percussionniste sidérant, c ’est beau, c’est fascinant, c’est presque magique !

Meteo 2011



..../ Ce disque, solo de percussions frottées, est tout simplement surprenant. Surprenant de par l’expérience auditive qu’il procure. Un disque en 3D où l’on lie facilement le geste au son. Le musicien a réussi à obtenir une profondeur de sonorités incroyable,   où chaque  action ou  frottement sur la peau d’un tambour  / dispositif fabriqué et apprivoisé le temps d’une année,  nous agrippe  et  nous  prend  aux tripes,  pour ne plus nous   lâcher.    Antez  a  incorporé des  objets de récupérations divers qui explorent,   les sonorités de cette caisse de résonances.      Le résultat  de  ces  expériences  est  foudroyant de par les  textures obtenues allant de l’ultra-minimal à l’ultra-son. Un tapis de fréquences étirées donne un côté extrêmement intemporel à la chose, une musicalité aérienne et vive à la fois,  comme une impression d’implication de l’artiste,  dans une générosité totale.  Naturel-lement, tout évoque le drone au plus grand de sa forme, tel que rencontré chez Phill Niblock ou Éliane Radigue. Sans aucun doute désormais, ce disque me passionne...

Cyrille Lanoë, Revue & Corrigée 2010.



Antez est un percussionniste mais pas tout à fait comme les autres, d’un côté c’est un sculpteur qui explore la matière sonore en interrogeant les perceptions physiques du son, mais de l’autre c’est aussi un chamane capable de mettre tout le monde dans une transe extatique et sereine baignant dans des explorations sonores mantriques sublimes et subliminales...

Oblo 2011